samedi 30 mars 2019

Psychotronic Videos


Le graphisme des cassettes vidéos des années 80


Le format vidéo VHS (Video Home System) apparaît en France et en Belgique à la fin des années 70 et se démocratise au début des années 80. 
Le succès public des cassettes vidéos et des magnétoscopes est foudroyant.
Il apporte aussi une nouvelle façon de consommer le cinéma.
Jusqu'alors, les seuls moyens de visionner des films consistaient à se rendre au cinéma ou à les regarder à la télévision.
Dorénavant, avec le format VHS, il est même possible d'enregistrer ses films préférés et de les revoir à volonté chez soi avec un confort maximum. 
L'aspect « collection » est à prendre en compte, les cinéphiles et amateurs de tous bords savourant désormais la sensation de « posséder » physiquement leurs films, au même titre que des livres rangés dans une bibliothèque.
Aussitôt apparaissent de nouvelles boutiques : les vidéos clubs, qui deviennent un réseau de distribution dynamique.
Car la naissance de ce format favorise une nouvelle grammaire cinématographique, basée sur des moyens de production peu onéreux.
Le premier genre à exploiter les possibilités commerciales de la vidéo est le porno.
Car les vidéos clubs louent et vendent toutes sortes de films (le circuit économique du « direct to video » qui remplace les sorties en salles) censurés ou interdits au cinéma et à la télévision. 
Un des succès emblématiques de cette période est « Evil Dead » (1982), un petit film d'horreur fauché devenu un triomphe au box-office américain puis international :


« Maniac » (1980), sommet nihiliste d'horreur malsaine, devenu cultissime depuis, incarne un autre long métrage représentatif de ces années-là :


Ces films traduisent le climat de l'époque qui les a engendrés.
Historiquement, les années 70 du « flower power » s'achèvent avec un arrière-goût amer : crises économiques (les chocs pétroliers) et apparition du chômage de masse, démantèlement des services publics par des politiques ultralibérales, enlisement dans la guerre froide avec les menaces nucléaires, terrorisme d'ultragauche (Fraction Armée Rouge en Allemagne, Brigades Rouges en Italie, Action Directe en France...). En Angleterre survient une révolte virulente de la jeunesse sous la forme du mouvement punk.
En conséquence, les années 80 voient donc naître une myriade de longs métrages excessifs, transgressifs, souvent fauchés, avec une nette inclinaison vers l'horreur, le gore, l'épouvante, le fantastique, la science-fiction, les polars urbains ultra-violents et les nanars (les « mauvais films sympathiques »).
Un cinéphile déviant américain, Michael Weldon, invente alors le mot « psychotronic », désignant des films méprisés par la critique « officielle » à cause de leur origine obscure ou de leur médiocrité.

Graphiquement, la cassette VHS fonctionne comme une affiche de cinéma condensée, en réduction.
Elle est destinée à accrocher le regard. D'ailleurs, il arrive que la scène représentée sur la face avant de la jaquette n'existe pas dans le film.
Les typos des titres sont souvent dessinées à la main comme des images, avec des effets de matière, des perspectives.
Le fond est souvent noir car il permet aux différents éléments graphiques de ressortir avec un maximum d'impact.
Techniquement, les illustrations sont fréquemment peintes à l'aérographe, un outil qui permet un rendu hyperréaliste (il sera d'ailleurs abondamment utilisé en illustration publicitaire).
L'objet graphique incarné par la cassette vidéo VHS est à rapprocher de celui d'un autre médium, le jeu vidéo, qui connaît également à cette époque un succès triomphal.
On y retrouve dans le packaging la même esthétique typiquement « eigthies » à base de logos futuristes (symbolisant les progrès technologiques), de rayons de lumières, de reflets chromés.
Le succès de la VHS se poursuit dans les années 90, puis s'estompe dans les années 2000 avec l'arrivée d'un autre format plus qualitatif : le DVD.
Aujourd'hui, c'est le DVD qui disparaît, remplacé par des modes de consommation entièrement virtuels : le téléchargement et les plate-formes de streaming comme Netflix.

D'abord rangées au rayon des objets obsolètes et disparus, les cassettes vidéos connaissent actuellement un regain d'intérêt, d'abord sous la forme d'un culte nostalgique des années 80, mais aussi en tant que symboles de l'âge d'or d'un cinéma populaire radical et « mal élevé ».

Jaquettes françaises :































































































































Jaquettes anglaises :







Jaquettes japonaises et coréennes :

























































Un intérieur de vidéoclub typique des années 80 :



Blockbuster Video, un empire américain créé en 1985, aujourd'hui disparu :



La mythique boutique Movies 2000 à Paris :




Le site de Nanarland entièrement dévolu aux films tellement nuls qu'ils en deviennent hilarants :

http://www.nanarland.com/

Une passionnante série ARTE consacrée l'univers du nanar (2 saisons disponibles en streaming) :